Le Chartreux


Le Chartreux au quotidien :

Son comportement : C’est un chat calme, équilibré et intelligent. Proche de ses maîtres, il aime partager leurs activités. Disposant d’une grande capacité d’apprentissage, jeux et stimulations diverses sont les bienvenus.

Vivre avec un Chartreux est un réel bonheur !   

Son développement morphologique :

Son poids (en moyenne) : A la naissance [de 100 à 120g]. A 3 mois, le dimorphisme entre mâle et femelle est déjà visible [Femelle, de 1600 à 1900g - Mâle, de 1800 à 2200g]. A 1 an le mâle atteint souvent les 5kg. Il atteint sa maturité vers 4 ans, la femelle un peu plus tôt. A l’âge adulte, la femelle fait environ 2kg de moins que le mâle qui pèse entre 5 & 7kg.

   Le Chartreux ne doit jamais être gras, il doit être musclé et disposer d'une bonne ossature.

Particularités :

Les marques ou raies fantômes : A la naissance ou au cours de son jeune âge, son pelage présente parfois des marbrures (rayures et/ou petites tâches [comme des spots]. Elles disparaîtront avec l’âge.

Les bajoues : Le développement des bajoues est lié à la maturité sexuelle du mâle. S’il est castré avant 15-18 mois, ce dernier à peu de chance de développer des bajoues.

Sa fourrure : Douce, épaisse et un peu laineuse ; Un bon sous-poil la rend légèrement hydrofuge.

Une brosse passée avec douceur à rebrousse poils, une fois par semaine suffit à son entretien. En période de mue avant la brosse, passer un peigne dans le sens du poil afin d’ôter un maximum de poils morts.


Ses origines - Quelques grandes dates :


16ème Siècle : Des écrits font mention de chats « gris-bleus » vivant en France.   

1723 : SAVARRY DES BRUSLON dans le « dictionnaire du commerce d’histoire naturelle et des arts et métiers » fait mention pour la première fois du nom de CHAT DES CHARTREUX.

Dans cet ouvrage technique destiné aux commerçants, il esdt indiqué: "CHARTREUX le Vulgaire" nomme ainsi une sorte de chat qui a le poil tirant sur le bleu. C'est une fourrure dont les pelletiers font négoce.

1735 : Le suédois LINNE créateur de la systématique botanique et animale, fait mention du Chartreux sous l’appellation latine de « Catus coeruleus » (chat bleu), chat des Chartreux, pelage bleu cendré.

1756 : BUFFON, dans son ouvrage sur le monde animal en fait mention.

20ème Siècle : Début de sa sélection et élevage

1924-1933 : COLETTE écrit « la Chatte » dont l’héroïne est un Chartreux, sa chatte « Saha ». Dans un article paru en 1927, dans un magazine, elle déclare mettre ses chats en expositions mais ne pas avoir « la patience de les laisser prisonnier jusqu’à la fin de l’épreuve ». Des photos de COLETTE avec un (ou deux) Chartreux prises à cette époque attestent de son attachement à la race.

A la même époque, deux jeunes femmes allaient s’intéresser à ces chats gris-bleu : les DEMOISELLES LEGER à BELLE-ILE-EN-MER. A Belle-île comme dans d’autres lieux en France, les chats gris-bleus se reproduisaient et transmettaient naturellement leurs caractéristiques génétiques de génération en génération.

En 1932, Christine & Suzanne LEGER obtiennent un 1er et 2ème prix de beauté à l’exposition international du Cat Club de Paris avec 2 jeunes chattes issues de leur élevage de Belle-île. Les chattes se nommaient « Fée de Guerveur » et « Mignonne de Guerveur ». L’élevage du Chat des Chartreux était lancé.

2ème partie du 20ème Siècle : A l’issu de la seconde guerre mondiale la quasi-totalité des élevages avaient disparu. Certains éleveurs firent l’erreur de marier le Chartreux avec d’autres races, dont le British bleu. A leur décharge il faut se rappeler que les connaissances sur les modes de transmissions génétiques étaient quasi inexistantes.


1970 : A cet époque de vives discussions eurent lieu dans les clubs félins : Fallait-il assimiler les 2 races (Chartreux/British) ou bien continuer à les séparer ? Certains clubs (non-FIFé) délivrant des pedigrees assimilaient déjà les 2 races. La FIFé décida à son tour de le faire et adopta un standard commun pour les deux races. M. JEAN SIMONNET écrit sur cette période : « C’était aller à brève échéance vers la disparition du Chat des Chartreux, seul ne survivant que son nom appliqué à d’autres chats. ». Des protestations d’éleveurs Français conduisirent le Professeur NOUVEL, Président du Cat Club de Paris à charger JEAN SIMONNET d’une étude sur les origines du Chartreux afin d’établir par des documents indiscutables qu’il s’agissait d’une race bien déterminée.

1972 : La FIFé décida de revenir au standard de 1939 du Chartreux et de l’appliquer au Chartreux et au British bleu. Le problème subsistait.

1977 : Grâce aux efforts conjugués des éleveurs Français, des dirigeants de la branche Française de la FIFé (la FFF-Cat club) et de M. ROSSI, Président du Cat club de Belgique et juge international FIFé, la FIFé décida la séparation des deux races et l’établissement d’un standard distinct pour chacune des deux.

Beaucoup de croisements avaient eu lieu entre le British et le Chartreux. Il ne restait pratiquement plus de lignées Chartreux sans British. Les éleveurs Français et Belges s’éfforcérent d’éliminer les conséquences néfastes des croisements qui avaient eu lieu afin de revenir au type réel de la race du chat des Chartreux.

1984 : Devenus suffisamment nombreux, ils créèrent le Club du Chat des

 Chartreux.


A ce jour, l'organisme chargé de la délivrabce des pedigrees en France (Loof)

n'accepte plus dans les générations présentes sur le document généalogique, la

référence à une autre race que Chartreux. La seule possibilité, depuis 2007, étant le

RIA et le RIEX.

(Références bibliographiques: " Le Chat des Chartreux " de Jean SIMONNET, édité en 1980, réédité en 1989 - A compte d'auteur).



LE CHAT DES CHARTREUX

 Conférence du 20 juin 2011 à BELLE-ILE-EN-MER

(par Noëlle-Marie LE GOFF et Danielle PATRIN)





Prunelle, l'aïeule fondatrice de la lignée d'Izel-Mor, issue de Belle-Ile-en-Mer

 

         Le chat des Chartreux, excusez du peu, fait partie de notre patrimoine national : c'est en effet, avec le Sacré de Birmanie, le seul chat qui doive sa création en tant que race reconnue à des éleveurs français, c'est le travail de sélection qu'ils ont conduit qui a permis la reconnaissance officielle  et l'établissement du standard de la race, c'est donc grâce à des compatriotes que le chartreux a acquis ses titres de noblesse.

 

Ce chat, remarquable à bien des égards, et ceux qui partagent sa vie, ne me démentiront pas, il mérite bien que l'on s'intéresse à son histoire, je m'efforcerai ici de faire part des investigations suscitées par deux questions fondamentales: 

Pourquoi ce nom de chat des chartreux? Quelles sont les origines de ce chat?

 

POURQUOI LE NOM DE CHAT DES CHARTREUX?

 

Il aura fallu attendre la moitié du 18ème siècle, en gros les années 1750, pour que les chats "bleus" vivant en France reçoivent le nom de chats des chartreux et que l'usage de ce nom de  baptême se généralise. Bien avant cette époque, l'existence de chats bleus en Europe et au Proche-Orient était avérée par les écrits de voyageurs, de commerçants et d'artistes, on parlait du chat de Syrie, du chat de Chypre et du chat de Malte, pour désigner de grands chats au pelage laineux et bleuté, aux yeux jaunes et on disait d'eux qu'ils étaient d'un caractère tempéré et bons chasseurs de rongeurs.

 

Cela dit, c'est en l'an 1723 que le nom de chat des chartreux apparaît pour la 1ère fois dans le très sérieux DICTIONNAIRE UNIVERSEL DU COMMERCE, D'HISTOIRE NATURELLE ET DES ARTS ET METIERS, que Savary des Bruslons avait commis à l’usage des commerçants: Il s'agissait d'un ouvrage technique, à vocation utilitaire, il ne faut donc pas s'étonner qu'à la rubrique CHARTREUX on puisse lire: " Le Vulgaire nomme ainsi une sorte de chat qui a le poil tirant sur le bleu, c'est une fourrure dont les pelletiers font négoce ". (Le Vulgaire désignant le petit peuple de Paris et les pelletiers étant les fourreurs de l'époque).

 

Dans la classification des chats que Savary des Bruslons établit ensuite, il est précisé : "il s'en trouve quelques-uns qui tirent sur le bleu, ces derniers sont appelés vulgairement Chartreux à cause que ce sont les religieux de ce nom qui en ont eu les premiers la race".

 

Ces informations ont, bien sûr, suscité la curiosité des passionnés de la race qui n'ont pas manqué, au siècle dernier, d'interroger les moines de l'ordre des Chartreux, lesquels ont consulté leurs archives et assuré qu'il n'y avait jamais eu d'élevage de chats bleus dans leurs monastères, ni à Paris, ni à la Grande Chartreuse (maison-mère située dans l'Isère).

 

On a également avancé l'hypothèse que les religieux auraient porté un habit de couleur gris-bleu et que par analogie avec la couleur de la robe des chats.....mais cette explication ne tient pas non plus, la robe des moines étant blanc cassé. Pour s'en convaincre, il suffira d'aller voir, à la Chartreuse d'Auray, des peintures d'un élève de Le Sueur, exécutées au 18ème siècle avant  même que le nom de chat des chartreux ne fasse son apparition ...

 

Il a donc bien fallu se rendre à l'évidence: relier le nom du chat des chartreux à celui des religieux du même nom relevait de la légende dont le propre est de faire rêver...

 

C'est notre Savary des Bruslons qui, au bout du compte, permettra de trouver une explication plus cohérente : dans l'ouvrage déjà cité, il donne la définition suivante de ce qu'il appelle la "pile des chartreux": une laine que l'on tire d'Espagne pour l'employer dans les meilleures manufactures de lainerie" (parce qu'elle est fine et bleutée). Tant il est vrai que l'Espagne est, depuis toujours, un pays d'élevage ovin et que la France faisait du commerce avec ses voisins d'Outre-Pyrénées.

 

On peut donc raisonnablement supposer que, par analogie avec la couleur et la texture de cette laine, on aurait, dans un premier temps désigné la fourrure douce et bleutée du chat "des chartreux", puis que, par une sorte de transfert, on aurait appliqué le terme au chat qui la portait.

 

Par la suite, le nom de chat des chartreux va se généraliser et apparaître dans les ouvrages des naturalistes tels que le Suédois Linné (1735) et Buffon (1756) entre autres. Au milieu du 18ème siècle notre chartreux était  donc baptisé et reconnu comme une race à part entière.

 

 

LE  CHARTREUX, CHAT DE COMPAGNIE, CHAT D'EXPOSITION

 

C'est au début du 20ème siècle que le chartreux, qui a traversé tant d'années en tant qu'animal utilitaire, va voir son statut changer : il va devenir un chat de compagnie apprécié et commencer à hanter les expositions. Cette évolution, il la devra essentiellement aux demoiselles Léger qui, en s'installant à Belle-Ile dans les années 1925, vont s'intéresser à lui et le faire reconnaitre comme un chat bleu constituant une race à part entière et non pas une variante du chat domestique.

 

Alors qu'elles vivaient sur le continent, ces jeunes filles de bonne famille avaient fait des études à l'école d'horticulture de Versailles, qui leur avaient ouvert la porte des arcanes de la génétique et sans doute éveillé leur intérêt pour l'élevage.

Une fois installées à Belle-Ile, elles avaient repéré, autour de l'hôpital, une colonie de chats bleus où elles prélevèrent quelques sujets, dans le but de se livrer au travail de sélection et de promotion propre à l'élevage.

 

C'est ainsi que la première chatte bleue-Marquise-mariée à un mâle prénommé Coquito, allait produire Mignonne de Guerveur (c'est le nom breton de Belle-Ile) qui en 1933, se voyait décerner à Paris, le premier titre de Championne Internationale Chartreux. Le processus était lancé et donnait rapidement de bons résultats.

 

Cette réussite peut s'expliquer par le fait que les demoiselle Léger disposaient de suffisamment de "matière première" pour éviter la consanguinité, de ce fait, les chats produits étaient conformes à la description qui en avait été faite: "Chat robuste et musclé, tout en restant très élégant, le nez bien droit, les oreilles bien plantées, le poil laineux", tout y était, la difficulté qui restait, c'était les yeux qui demeuraient clairs et de couleur "grain de raisin", c'est-à-dire entre le jaune et le vert.

 

Parallèlement au travail mené à Belle-Ile, un autre élevage se développait dans le Massif Central, là on eut recours au chat persan pour améliorer la couleur des yeux, ce qui eut pour effet de produire un Chartreux plus épais et plus  joufflu que le chartreux de Belle-Ile, mais avec des yeux satisfaisants. Des ponts finirent par être jetés entre les deux souches, celle de Belle-Ile et celle du Cat Club, qui furent bénéfiques pour la race, malheureusement, au fil du temps, les choses allaient se gâter...

 

Confrontés à des problèmes de consanguinité, les nouveaux éleveurs du Cat Club, au lieu de revenir aux sources, c'est-à-dire aux chartreux naturels, se tournèrent vers un chat de race qui leur sembla suffisamment proche de celle du chartreux, le British bleu. Il faut noter au passage qu'il s'agit là, non pas d'une race mais d'une des variétés de la race des British qui peuvent être noirs, bleus, bleu-crème…etc.

 

Par contre, comme ils sont issus du persan, les British ont la face courte, le nez stoppé et le poil très fin. Le mal n'aurait pas été si grand si on s'était contenté d'alliances ponctuelles, suivies d'une sélection sérieuse, hélas!, pratiquée à grande échelle pour des raisons de commodité (les British étaient beaucoup plus nombreux que les chartreux, donc plus faciles à trouver), cette pratique allait susciter l'apparition de sujets hybrides: les nez commencèrent à se stopper, la face à se raccourcir, les oreilles à être mal portées et le poil à devenir trop fin, bref, dans les années 70, le Chartreux était en train de perdre son âme..

 

Comme pour ajouter à la confusion et donner, en quelque sorte, le coup de grâce à la race, la FIFé prit la fâcheuse décision d'assimiler les deux standards et pendant quelques années, on jugea les chartreux et les british bleus selon les mêmes critères. Cette mesure incita les éleveurs passionnés à dénoncer cette hérésie que monsieur Jean Simonnet s'attacha à faire disparaître et en 1977, la FiFé rétablit la séparation entre les deux standards: encore une fois, le Chartreux était sauvé!

 

Il a fallu bien des années pour que les effets pervers des mariages inconsidérés entre Chartreux et British Bleu ne disparaissent, les éleveurs ayant (pour la plupart)compris la nécessité de sauvegarder ce qui fait la spécificité et le charme de notre chartreux, ont beaucoup travaillé: actuellement, dans les expositions, on ne voit plus guère de chats au nez court et stoppé ,aux petites oreilles et à la bouille trop ronde, ce qui ne veut pas dire qu'on ne soit pas en train de s'éloigner du chartreux d'origine.

 

S'il est vrai que le chartreux est un chat solide qui doit, notamment, le mâle, donner une impression de puissance, c'est un chat qui doit rester élégant parce qu'il est bien musclé, qu'il y a de la noblesse dans son allure, or, un chat trop lourd, voire adipeux, bas sur pattes, ne saurait ressembler à l'animal plein de prestance qui a séduit les générations passées.

 

Il m'a donc paru nécessaire de revenir aux sources, c'est pourquoi, je me suis lancée dans la belle aventure d'un programme d'élevage, conduit à partir de chats naturels de Belle-Ile...



                      

 

Clipper ,fils de Prunelle, premier chat bleu "importé"de Belle-Ile-en-Mer                   

                                                                                   

 










© 2017 Patricia DOURIN